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"Ajami", un docu-fiction sur le quotidien d'un quartier arabe en Israël

Jeudi 15/04/2010 | Posté par Mbarka Ben Haj Mohamed

Ajami est un quartier arabe de la ville de Jaffa où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Un quartier sous haute-tension où nous emmènent les réalisateurs Scandar Copti et Yaron Shani. Un film poignant à ne surtout pas manquer...

 Ajami ?  Non, ce n’est pas le titre du dernier manga qui fait fureur … Bien plus que cela, Ajami est le nom d’un quartier arabe de Jaffa en Israël, où se côtoient  Israéliens et Arabes adeptes des trois religions monothéistes. C’est aussi le titre du film d’auteurs que sont Scandar COPTI  (qui joue lui même le rôle de Binj) et Yaron SHANI . L’un est palestinien et a grandi justement dans ce quartier d’Ajami dépeint par le film, l’autre est israélien et a suivi des études de cinéma à l’Université de Tel-Aviv. La rencontre de ces deux personnages a donné naissance à une œuvre totalement surprenante à la fois par son côté bouleversant et par son réalisme frappant.

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé d’aller voir ce film dans la salle du CNP Terreaux, l’un des deux seuls cinémas du coin à le diffuser (l’autre étant l’UGC Ciné Cité). Curieusement, je m’attendais à voir beaucoup de jeunes maghrébins (entre autres) venus voir ce film. Amère déception : le public présent était fortement marqué des signes d’une existence longue et bien remplie. Où sont donc tous ces jeunes qui défendent sans cesse la cause palestinienne et qui ne sont même pas curieux de savoir comment les populations arabes vivent à Jaffa ? Je pensais sincèrement que le public serait aussi « cosmopolite » que le quartier d’Ajami…

Certes, Ajami n’est pas un film sur le conflit israélo-palestinien à proprement parler mais il raconte surtout des situations qui en découlent. Pas d’Intifada, pas de tirs de roquette, pas d’attentats-suicides…Seulement des bouts de vies d’un réalisme touchant. Curieusement, des histoires de drogue, d’amours impossibles, de jeunes, d’argent et de démerde au quotidien mais sur le fond culturel et politique que connaît la région.

Dès le début du film,  nous sommes cruellement confrontés à la mort. Cette dernière nous accompagnera pendant près de deux heures en prenant bien soin que le spectateur s’attache à ceux dont elle prendra possession. A Ajami, la vie a un prix…et c’est ce que les histoires superposées d’Omar, Malek, Nasri, Hadir, Dando, Binj…s’efforcent de nous montrer.  Chacun des personnages du film est important. Je serais presque tentée de dire qu’il n’y a pas de premier rôle. J’irai plus loin en supposant que le premier rôle n’est pas forcément celui auquel on s’attend.

L’émotion est présente à tous les niveaux du scénario : du petit-fils qui lave avec soin son grand-père invalide au policier israélien (incarnation de la répression des palestiniens dans nos esprits) à la recherche de son frère disparu en passant par la tristesse d’un amour que la religion interdit.

Lorsque nous regardons ce film, nous pouvons donc nous trouver bien loin  des représentations que l’on peut se faire de la vie là-bas. Nous y retrouverons cependant des choses en fond : rapports tendus entre les Israéliens et les Arabes, clandestinité, check-points, précarité sociale, difficulté d’accéder aux soins…

Mes recherches sur Ajami m’ont conduit à une interview des réalisateurs : « Nous avons utilisé la réalité du quartier d’Ajami à Jaffa comme base. La plupart des histoires sont adaptées d’histoires vraies glanées là-bas ». Adaptation d’histoires vraies donc… Le réalisme vient aussi et surtout des méthodes de tournage : aucun acteur n’est comédien de formation, techniques de tournage des documentaires, pas de script figé et place à l’improvisation de « comédiens » qui jouent paradoxalement des situations qu’ils ont déjà vécues… Parfois, d’après ce que j’ai pu lire à droite et à gauche, les réalisateurs devaient interrompre le tournage de scènes violentes car les « acteurs » étaient beaucoup trop imprégnés et pouvaient finir par se blesser. La vie quotidienne vient parfois s’inscrire dans cette fiction, comme dans cette scène ou un homme essaie de vendre des bottes aux couleurs improbables aux policiers israéliens du film… « La réalité dépasse la fiction » et à Ajami, cette petite phrase prend tout son sens.

Enfin , il faut mettre la complexité des rapports qui lient les personnages au centre de toutes ces histoires qui finissent par se télescoper d’une manière très inattendue, car au fond c’est de cela qu’Ajami traite : la complexité des rapports humains dans un monde complexe.

Mes recommandations ? Allez vite voir ce film pendant qu’il est encore à l’affiche ! D’autant plus que je déplore fortement l’absence d’une diffusion plus large, notamment dans les cinémas de quartiers (Duchère, Minguettes, Vaulx-en-Velin parmi d’autres…)

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Mbarka Ben Haj Mohamed -

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Réactions des internautes

Romuald
Jeudi 15 Avril 2010, 09:03
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A propos de Jaffa, de rapports entre Israéliens et Palestiniens, l'an dernier était sorti également un film intitulé Jaffa justement qui relatait l'histoire d'un garagiste israélien juif, qui employait outre son propre fils, un père et son fils tous 2 Palestiniens (ou Israéliens arabes je ne sais plus).

Mais la fille du garagiste et le fils de l'employé arabe sont tombés amoureux et........
Bref un film plutôt dramatique, mais très poignant.


J'ai lu hier dans les brèves du site israélien Guysen que le gouvernement israélien allait faire de l'emploi des ultra-orthodoxes (!!) et de la minorité arabe sa préoccupation....

J'ai du mal à cerner ce gouvernement : parfois il mène des campagnes de destruction de colonies illégales juives, au grand dam des juifs sionistes installés en Cisjordanie (ceux-ci vont jusqu'à accuser le gouvernement israélien de pratiquer des méthodes nazies, si si..); mais, dans le même temps, ce même gouvernement autorise la colonisation de la Cisjordanie avec expropriation (enfin... explusion) de Cisjordaniens pour y implanter des colons israéliens......

Il y avait eu l'an passé ou en 2008 sur France 3 un Strip Tease très décalé par rapport au Nord de la France/Belgique, puisque ça se situait en... Cisjordanie.
On y voyait des familles françaises juives hésitant à franchir le pas de l'alyia, et un colon juif se comportant en véritable VRP pour leur vendre un appart' en pleine colonie juive donc.....

 « c'est un devoir pour tout Juif de retourner en Israêl blablabla ».
La famille française juive pourtant non encore immigrée se comportait en véritables colons, avec la mère ou le père qui s'offusquait presque de voir des Cisjordaniens construire les maisons destinées aux colons......

C'est ça aussi le paradoxe; des Cisjordaniens qui travaillent pour les colons juifs, idem dans les kibboutz....

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paslyon
Jeudi 15 Avril 2010, 10:08
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Re:
 je vais m'empresser d'aller voir ce film !
Pour rebondir sur tes infos Romuald, j'ai récemment vu un reportage sur Global Arte traitant du problème des juifs orthodoxes de Jérusalem qui bouclaient un quartiers entier en y imposant leur loi et pour la plupart, ne travaillaient pas. L'on y voyait très bien les tensions avec les autres communautés, juives notamment, qui ne semblent pas porter dans leur coeur ces habitants ultra religieux.

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Romuald
Jeudi 15 Avril 2010, 11:51
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Re:
A vrai dire pasLyon nul besoin d'aller aussi loin qu'en Israël (« entité sioniste », comme on peut le lire sur les sites anti-Israël comme Al Manar & co). :P


Certains ultra-orthodoxes ont, en France, tenté d'imposer ce qu'on appelle l'erouv, càd un périmètre matérialisé sur la voie publique et dans lequel les juifs croyants ne peuvent utiliser de véhicules, l'électricité etc etc.

De même, il survient parfois des conflits dans des immeubles où résident des non-juifs puisque, là aussi, les ultra-orthodoxes exigent le démentèlement des digicodes sécurisant les entrées et fonctionnant.. à l'électricité. Qu'ils ne veulent pas utiliser le jour du shabbat.


Ces intrusions d'interprétation rigoriste de la religion ne sont pas tolérables; du moins en France et ce, peu importe les religions (catho, musulmans, juifs, sikhs etc).


En Israël, j'ai appris que seuls 25% des Israéliens juifs (ethnie) sont croyants alors que je pensais qu'une forte majorité de Juifs d'Israël étaient croyants (juifs).
Par ex, seule une unité d'une brigade spéciale de Tsahal propose aux soldats ultra-orthodoxes des menus casher, lequel est absent du reste de l'armée.

De même, les homo sont plutôt acceptés en Israël, malgré les pressions des illuminés de yahvé.


Ce qui est sûr, c'est que ça doit être encore moins évident pour la minorité arabe israélienne; déjà que les minorités juives venues d'Ethiopie ou d'Asie ne sont pas spécialement bien considérées....

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