Apprendre à conduire au bled avec Julio Iglesias
Jeudi 03/06/2010 | Posté par Sofia Azzedine
Vous trouvez les cours de conduite déprimants ? De retour en Algérie, pour quelques jours de repos, Sofia a pu tester les auto-écoles algériennes. Un régal !
De retour dans mon bled adoré, à Bejaia, chez les Bylkas (les Kabyles), je me suis autorisée quelques heures de conduite. Ma cousine m’introduisit auprès d’une magnifique dame à l’apparence de poupée qui occupait le poste de professeur dans mon auto-école.
Pour s’inscrire, il n’y a rien de plus facile. En effet, je n’ai eu besoin d’aucun papiers administrativo-administratifs, ou de diplôme ou même de pièce d’identité. Non, je n’avais qu’à faire acte de présence et demander à cette dame des heures de conduite. Mon père m’expliqua la raison pour laquelle mon inscription passa aussi vite qu’un Fernando Alonso au volant. Ce phénomène est dû à cette administration algérienne qui demande bien trop de temps et de papiers à remplir pour un acte administratif minime ; du coup, les entreprises privées, telles les auto-écoles, ont décidé de lever toutes ces barrières au maximum.
Après avoir déposé mes heures sur une plage horaires aussi large que l’Algérie (de 8h à 18h, sauf pendant les examens), et pour la modique somme de 400da l’heure soit 4€ … j’attendis patiemment le moniteur dans la salle d’accueil. J’avais remarqué que la décoration locale adoptait les fresques murales représentant des situations de circulations différentes. C’étaient en fait des tableaux similaires à nos merveilleuses photos floues défilant sur les vieilles télés françaises des salles de code. Le cours se déroule de la manière suivante: assis avec un cahier arborant avec plaisir un florilège de panneaux, la professeur pose les questions et l’élève lui répond directement. Ce fut le cours de code le plus chaleureux que j’ai connu dans ma jeune vie.
Mon moniteur arrive enfin. Il me fait remarquer que les tongs sont formellement interdites pour la conduite… OUPS ! Notre histoire de conduite ne commence pas très bien, je m’attends à un cours assez encadré… à la française… Finalement, il me sourit en rétorquant le célèbre « mehlish » (« ce n’est pas grave » en arabe). Une fois entrée dans la 206, j’ai pu manipuler les pédales de la voiture dès la 1ère heure. Pas besoin de passer des niveaux bien définis par un satané cahier comme en France. C’est dans les rues du bled que je compris pourquoi, juste avant de conduire, ma cousine m’avait prévenue en me récitant la loi des routes de Bouteflika : « chacun pour soi et Dieu pour tous ». Par exemple, au carrefour à sens giratoire, on avance en laissant derrière soi les histoires de priorité.
Puis, enfermée dans ces bouchons si nombreux de Bejaia, je me mis à discuter avec mon moniteur sur un air de Julio Iglesias et de Moustaki, pour passer le temps. J’appris que les étudiants occupaient une place très importante parmi les candidats et que depuis 5ans, le nombre de filles avait largement augmenté jusqu’à dépasser celui des garçons. Il m’expliqua que l’examen de conduite était constitué de plusieurs épreuves, la 1ère étant celle du créneau. Ensuite, c’est l’examen habituel avec cet inspecteur légendaire toujours aussi grincheux, quelque soit le pays. Malheureusement, la proportion de femmes qui passent le permis a beau avoir augmenté ces dernières années, celles-ci ne réussissent pas aussi bien que les hommes car elle possèdent, pour la plupart, un grave défaut qui leur fait perdre tous leurs moyens : le stress.
Une fois le permis obtenu, il n’y a pas de système à points comme en France. Les débutants posent, durant un an, un autocollant sur le pare choc arrière du véhicule. En Algérie, si le conducteur a commis une faute grave, il est directement emmené au tribunal pour une suspension temporaire du permis.
Il ne faut pas oublier que pour certaines personnes « favorisées », ces examens fastidieux ne sont pas obligatoires, il leur suffit d’ « acheter » le permis de conduire moyennant finances évidemment…
Ainsi, mes cours de conduite du bled se sont passés en douceur, avec un moniteur non stressé me demandant d’accélérer un « chouia » et d’embrayer « carrément », des piétons (très nombreux !) qui traversent à l’improviste, toujours assortis de ces klaxons qui se ramassent à la pelle, la fumée noire des camions lents passants devant moi, et ces automobilistes qui se retrouvent soudainement indulgents lorsqu’une voiture d’auto-école approche. Une heure à arpenter les belles collines de la Kabylie, au bord de la mer, en compagnie d’un Julio Iglesias qui me récitait « Vous, les femmes vous, le charme ».
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Réactions des internautes
Jeudi 3 Juin 2010, 21:51
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Auto-école Maroc
Au Maroc les voitures de l'auto-école sont équipées de 2 volants!!!Répondre -
Jeudi 3 Juin 2010, 22:50
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Re: Auto-école Maroc
Trop forte la photo Boubou !!!On dirait un gag.. :p
C'est dire la confiance qu'ils ont dans les élèves lol.
Sinon, sympa l'article Sofia : il te draguait pas un peu, ton moniteur ?
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