Etudiants étrangers : l’urgence de l’emploi, suite.
Jeudi 22/12/2011 | Posté par Julia Rodriguez
La circulaire Guéant du 31 mai dernier n’en finit pas de faire parler d’elle ! Dimanche 18 décembre des étudiants étrangers et des sans-papiers ont défilé dans les rues de Paris (ils étaient entre 1000 et 5000). Principales revendications : le retrait de la circulaire Guéant et plus généralement la régularisation de tous les sans-papiers. Julia nous livre son point de vue.
Cette manifestation s’inscrit au cœur du débat lancé par la gauche sur un éventuel droit de vote des étrangers aux élections locales. Projet de loi fortement dénoncé par la droite lors, notamment, de la convention nationale du 29 novembre dernier où Jean- François Copé rappelait que le droit de vote est naturellement lié à la nationalité française, et de ce fait un tel débat n’a pas lieu d’être.
C’est indéniablement un argument irréfutable, le droit de vote est un attribut exclusivement réservé aux citoyens français, ça fait partie intégrante de sa définition. Alors à partir de là, la question ne pose pas, les étrangers ne pourront jamais prétendre à ce droit tant qu’ils n’auront pas acquis la nationalité française. Pourquoi alors la gauche s’entête-t-elle à lancer le débat sur la place publique ? Peut-être tout simplement parce que ces mêmes étrangers vivent en France depuis plusieurs années, qu’ils travaillent sur le territoire, qu’ils paient de surcroit des impôts et que leurs enfants sont scolarisés dans des écoles françaises. De plus le plus souvent il y a un désir de la part de ces résidents étrangers de participer plus activement dans la vie politique de leur pays de résidence, cela montre donc bien une volonté de s’intégrer, de s’identifier à cette « identité nationale » qui est la référence absolue pour les citoyens français. Cet état de fait ne va-t-il pas à l’encontre de certaines critiques qui pointent du doigt des pratiques communautaristes et un défaut d’intégration des immigrés ?
La revendication des sans-papiers fait également écho à la « campagne » de régularisation initiée entre le 1er et le 30 septembre 2009 en Italie. Procédure exceptionnelle de régularisation de la situation des travailleurs domestiques et des aides à domiciles sénégalais. En-effet pourquoi ne pas faire de même en France, pourquoi est-il si compliqué d’accorder la régularisation à des étrangers qui participent à la vie économique du pays, et qui de ce fait aspirent aux mêmes droits que le citoyen français lambda ?
Les étudiants étrangers aussi revendiquent leur droit de pouvoir rester en France à la fin de leurs études. C’est cette politique d’immigration de plus en plus restrictive qui est dénoncée. De plus, dissuader les étudiants étrangers de pouvoir rester en France afin d’avoir une première expérience professionnelle dans un pays qu’ils ont appris à aimer est d’une certaine manière une façon de dissuader les futurs étudiants étrangers de choisir les universités françaises. Etrange paradoxe pour un pays qui bataille afin d’acquérir une meilleure visibilité internationale de ses universités. En quelque sorte c’est toute l’image de l’enseignement supérieur français qui s’effondre.
Que peut-on attendre d’un pays qui ferme les portes de ses universités dans un objectif de chiffre et de répression et qui tire donc un trait sur les nouveaux talents. Quel genre de valeurs la France peut-elle diffuser si elle refuse de s’ouvrir au monde, de partager son savoir et de profiter des autres cultures. Cette circulaire est d’après moi très dangereuse pour cette image de marque que le gouvernement souhaite promouvoir. Petit rappel de la conférence du forum Libération « Peut-on se construire sans frontières ? ». C’est un philosophe qui nous livre une réponse : on ne peut pas se construire et prospérer sans autrui ; l’autre, l’étranger est notre miroir, il nous renvoie à notre propre intériorité car il rend notre manière de voir les choses plus objective et cela permet de nous améliorer constamment. Il en va de même pour un Etat qui a besoin de l’apport d’autres Etats, d’autres cultures afin de s’enrichir et d’améliorer sa manière de fonctionner. Notre pays a donc tout à perdre à se refermer sur lui-même. Dommage, d’autres Etats profiteront de ces richesses à sa place.
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Réactions des internautes
Vendredi 30 Décembre 2011, 10:52
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Quelques questions et remarques de bon sens :
- que signifie l'expression "sans papiers" ?
- comment ces sans papiers si ils travaillent, forcément au noir, peuvent-ils payer des impôts ?
- quel est le taux de travail des étrangers, combien sont employables ? Je pense notamment aux femmes, certaines illettrées et qui ne sortent pas de chez elles pour différentes raisons qu'il serait utile de mettre en avant, qui sont de facto inemployables.
- les enfants sont scolarisés parce que l'instruction est obligartoire et l'école gratuite. Enfin pas tout à fait car elle est financée par l'argent public. La scolarisation des enfants n'a donc pas forcément de lien avec une volonté de s'intégrer.
- les impôts c'est en échange des infrastructures, des écoles, des aides sociales. Le fait d'en payer ne donnent pas de droits particuliers.
Répondre -
Lundi 2 Janvier 2012, 18:56
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Re:
Premièrement le terme "sans papiers" désigne tout simplement (comme il l'indique) le fait pour un étranger de vivre sur le sol français, n'ayant pas les papiers français mais un titre de séjour. Il est donc en situation régulière si je puis dire. Ensuite les étrangers possédant ces fameux titres de séjour sont tout à fait en mesure de travailler "régulièrement" et oui tous les étrangers résidant en France ne travaillent pas forcément au "noir", encore une autre idée reçue! De plus ils peuvent même obtenir des postes de contractuel au sein de la fonction publique merveilleux n'est ce pas?! Fonction publique...ça me rappelle quelque chose, ah oui la participation au sein des collectivités locales!
En 2009 735 000 hommes étrangers étaient employés et 540 000 femmes, ce n'est pas moi qui le dit c'est l'INSEE. Comme quoi les femmes ne sont pas en reste malgré le stéréotypes de l'étrangère confinée à la maison. Bien sur rien n'est tout rose, il y a des nuances à apporter mais j'ai la conviction qu'il existe aussi beaucoup de femmes françaises qui n'ont pas nécessairement un emploi pour des raisons " qu'il serait utile de mettre en avant", avez vous les chiffres?
La scolarisation des enfants n'est peut être pas forcément l'expression d'une volonté de s'intégrer mais cela force l'intégration d'une certaine manière. En effet les parents s'impliquent par la force des choses (et ne me ressortez pas l'éternel refrain sur "les parents étrangers ne s'intéressent pas à la scolarité de leurs enfants ce qui est en partie la cause de leur échec scolaire" parce que ça n'est pas représentatif de la réalité, il vous suffit pour cela de regarder le webdocumentaire fait par le collectif the Womps sur la Duchère pour vous rendre compte que l'implication des parents étrangers est bien plus importante que ce que vous pouvez pensez). De ce fait les parents sont en contact avec leur environnement, leur commune, leur collectivité et de ce fait la volonté de s'intégrer plus complètement dans la société française vient naturellement ensuite, d'où certaines revendications concernant l'extension du vote.
Comme je l'ai dit dans mon article, le principal argument de la droite c'est que le fait de payer des impôts ne donne pas accès au droit de vote car ce serait revenir à l'époque du suffrage censitaire. Seulement si cela ne donne pas de droits particuliers comme vous le dîtes, je pense que les étrangers payant des impôts et participant de facto à la construction des infrastructures publiques sont en droit de choisir leurs représentants locaux qui veilleront à utiliser intelligemment la recette de ces impôts. En-effet pourquoi les étrangers n'auraient-ils pas le droit de décider de quelle manière leur argent est dépensé et vérifier si cela est bien en accord avec l'intérêt général? De plus nous parlons ici de droit de vote aux élections locales donc rien de bien scandaleux pour les opposants à cette éventuelle réforme.
Pour finir je tiens juste à vous rappeler que mêmes les clandestins, qui eux n'ont pas de titre de séjour, paient d'une certaines manière des impôts lorsqu'ils achètent de quoi se nourrir et se vêtir. Et oui la TVA est un impôt. Tous les étrangers, quelque soit leur statut paient donc leur dû à l'Etat, voilà un fait qui remet certaines choses en place.
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