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Harragas : brûler sa vie?

Samedi 27/02/2010 | Posté par Paolo Kahn

Cette semaine, sort, en France, Harragas, le dernier film de Merzak Allouache. Il évoque une tragédie humaine croissante : l'odyssée de nombreux algériens qui vont tenter leur "chance", en Europe, au péril de leur vie. Débat avec le réalisateur.

Le titre nous renvoie au nom qui leur est donné: « Harragas », car ils brûlent leurs papiers d'identité et par conséquent renoncent à leur citoyenneté d'origine. Cette action, suivie d'un départ dans des conditions précaires « s'apparente à un suicide », commentera le réalisateur.

Harragas raconte donc l'histoire de trois jeunes gens qui, après plusieurs étapes de préparation et un an d'attente, se retrouveront enfin sur une barque, accompagnés de sept autres algériens, dans le but d'atteindre les côtes espagnoles. Ce film, qui mélange habilement arabe et français, est surtout axé sur les dialogues, afin que le spectateur comprenne les motivations d'un tel risque, d'une telle tentative. Plusieurs rebondissements permettent à la narration d'avancer mais le plus important se déroule et se dit sur cette petite coque, au milieu de la mer Méditerranée, où se jouent toutes les tensions, toute la tristesse et tout le désarroi de personnes qui sont, à ce moment précis, sans identité aucune.

Comme la politique de distribution de visas étrangers s'est durcie en Europe, surtout aux abords de la méditerranée, « les algériens ne tentent même plus d'avoir un visa ».  Ils essaient de rentrer dans le territoire clandestinement, car, pour eux c'est perdu d'avance par le biais du consulat. De plus, et c'est ce que symbolise le geste de brûler ou déchirer ses papiers d'identité, une grande partie des algériens « ne se sent pas heureux en Algérie », dira le réalisateur. Un fort sentiment de « mal-vie » accompagne ces gens qui tentent le tout pour le tout en s'embarquant à bord de ces petits bateaux à moteur. Un autre mot très utilisé en Algérie: « hogra » (le mépris), mépris de leur propre terre, de leur conditions de vie, mépris du pouvoir. Contre cela, des jeunes « ont choisi la violence, la confrontation » comme moyen d'expression, faisant également référence à la multiplication des émeutes ces derniers temps dans les grandes villes algériennes.

C'est un phénomène qui touche donc plus particulièrement les jeunes générations, plus soumises aux velléités de départ que le progrès offre, mais également plus coincées à l'intérieur de leur pays. Sur ce point, M. Allouache évoque la disparition de la possibilité ou de la volonté de « voyager » de la part des jeunes algériens, pour qui ce mot raisonne comme un nouveau départ, une croix sur le passé, mais surtout comme le fait que l'on ne revienne pas, sinon parce qu'arrêté par la police, en situation irrégulière. 

Quant à la construction du film, M.  Allouache a d'abord choisi la région côtière, puis la ville de Mostaganem. Ensuite, ils ont procédé à une enquête dans cette ville afin de mieux comprendre la démarche des « Harragas », et par quel biais ils pouvaient obtenir un bateau pour la traversée. Ils ont enfin réalisé un casting. L'avantage de cette ville est qu'elle possède une grande tradition théâtrale, même si aujourd'hui, la culture y est en grand danger. Il n'existe d'ailleurs plus aucun cinéma a Mostaganem, et très peu dans toute l'Algérie, ce qui a poussé M. Allouache, assez ironiquement, à espérer que son film soit très piraté là-bas, afin qu'il y soit vu. Le tournage a duré deux mois.  Sans grands moyens, et réalisé de manière « artisanale », nous confiera le réalisateur. Les spectateurs le constatent mais cela ne pose aucun problème et  permet même une identification forte aux personnages, que nous suivons constamment de très près.

Enfin, le réalisateur a pu nous confier une anecdote surprenante. En effet, une partie du tournage se déroulant sur les côtes françaises (espagnoles dans le film), il existait un réel risque quant au fait de ramener des algériens sur le territoire, ce dernier étant qu'ils ne rentrent pas en Algérie. M. Allouache a donc pu, et ce dès le casting, faire face a de nombreuses personnes souhaitant « profiter du tournage pour sortir d'Algérie ». Il a même constaté que plusieurs acteurs, une fois choisis, avaient tout prévu pour rester en France. Mais le plus intéressant est que la grande majorité de ces gens sont rentrés à la fin du tournage, le simple goût de la liberté aurait suffit à calmer certains désirs de départ, ou alors auraient-ils été finalement déçus de ce qu'il pensaient être une potentielle et riche terre d'asile, où ils ne sont évidemment pas les bienvenus...

 

 

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Paolo Kahn -

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