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"J'en suis tombée malade tellement j'étais sous pression"

Vendredi 26/02/2010 | Posté par Mbarka Ben Haj Mohamed

Lorsqu’un professeur s’absente, ses cours ne sont tout simplement pas assurés… La solution miracle ? Dénicher des profs remplaçants, bien sûr ! Marwa, qui a effectué un remplacement dans un lycée professionnel de la banlieue lyonnaise, revient sur ce qu’elle qualifie de mauvaise expérience

Tout a commencé par hasard… ou presque. « C'est un ancien prof de ce lycée même, à la retraite, qui m'a appelée en urgence en disant qu'il y avait un poste vacant et que c'est tout “naturellement” qu'il a pensé à moi (alors que je n’ai aucune expérience dans le domaine). Il m'a fait des éloges en me disant que j'avais tout à fait le profil, que c'est une opportunité pour moi …  Il m'a assuré qu'il serait présent pour m'épauler et que je pourrai compter sur deux autres professeurs... », explique Marwa.

De toute évidence, lorsqu’un poste est vacant, ce sont les professeurs à la retraite qui se décarcassent pour trouver un remplaçant, la technique du lancer de fleurs faisant office d’entretien préalable au recrutement.

« La personne qui m'a proposé ce poste me connaissait en tant que responsable de magasin : je prenais ses élèves en stage, souvent des jeunes aux origines diverses il faut l'avouer.  Il m'a dit que j'avais les compétences, que je savais être ferme, cadrer, que je saurai leur parler et me faire respecter .... Dans ses propos j'ai bien décelé l'avantage d'être moi-même maghrébine ». Ainsi, les qualités essentielles à tout bon enseignement seraient : fermeté, cadrage, se faire respecter, savoir user d’une certaine méthode de communication (« savoir leur parler » des fois qu’ils ne comprennent pas le français) ?

Marwa, quant à elle, craignait  « de ne pas arriver à faire un cours c'est à dire de ne pas avoir les éléments, les programmes, d'avoir des blancs en plein cours… Concernant l'encadrement des élèves, je pensais que j'allais y arriver car je savais déjà  gérer une équipe, des stagiaires... Je me suis dit que  c'était du management après tout ! ». Marwa était bien loin de ce qu’on attendait vraiment d’elle on dirait.  Récit d’une semaine quasi cauchemardesque.


1er jour :

 « Le premier jour était très speed, tout le monde courait partout, Mme X, prof de commerce-économie devait me former mais la pauvre était super débordée. J’ai assisté avec elle à ses cours…des élèves pas faciles. Ensuite vient  toute la partie administrative...les carnets d'absences, emplois du temps, listes des classes, les clefs pour les salles…tout ça le même jour ». Beaucoup d’informations à absorber d’une traite. Beaucoup trop peut-être même. Une journée serait donc suffisante pour intégrer tous les rouages. Facile d’être prof finalement. Faudrait que j’essaie !

Le constat de ce premier jour est sans appel : «  Dans les classes, il manquait beaucoup d'élèves qui faisaient l'école buissonnière, certains arrivaient en retard et perturbaient le reste de la classe. Ils parlaient, faisaient du bruit avec leurs chaises, posaient 20 fois la même question, étaient nonchalants, avaient oublié la moitié des affaires de classe. Certains étaient avachis sur leurs chaises et  la prof les reprenait sans cesse! Elle devait parler fort. Quand c'était trop elle se taisait et attendait que tout le monde en fasse autant.... c'était épuisant ! ». Que de bons présages…

2ème Jour: 

Récupération des programmes de cours via Internet ! Rien n’avait été préparé alors que Marwa était attendue depuis la veille… Mme X a demandé à être libérée d’au moins une heure de son emploi du temps afin d’expliquer le plus correctement possible certaines procédures particulières. Refus de la direction d’accorder ce temps pourtant essentiel. Notre pauvre Marwa a du se débrouiller toute seule pour préparer des cours (contenu, méthode, pédagogie, exercices) pour le lendemain !

3ème Jour : 

Marwa se retrouve seule en face de ses élèves…et quels élèves ! « J'ai eu à faire à des élèves indisciplinés. J’ai eu beau tout essayer : rien à faire, je crois que leur objectif était de me rendre dingue! (…) J'avais trois classes dont la plus difficile du lycée (les 1ère  année Bac pro que j’avais 9h sur 18h dans la semaine !) ... A l'entrée je devais leur faire enlever les écouteurs, les chewing-gums, les portables (une  élève envoyait des SMS sous mon nez... d'ailleurs pas la suite je l'ai exclue du cours). Les 3/4 de la classe étaient des maghrébins, beaucoup malheureusement avec des antécédents familiaux.  La minorité d'élèves calmes qui voulait travailler ne pouvait pas à cause du reste de la classe... Des vrais “gremlins”. Jeudi j’étais stressée.   Vendredi j'ai eu deux clashs avec des élèves. En fin de journée ils étaient exécrables »

4ème Jour : 

Le bilan de la semaine est quelque peu prévisible. Selon ses propres termes, à la fin de la semaine, Marwa s’est sentie complètement « vidée ». Très peu d’aide de la part des collègues, très peu de soutien de la part de la direction de l’établissement qui explique à la jeune femme que tout est à peu près normal : « Vous savez, moi j'ai raté ma première année  d'enseignement, c'est normal… la plupart des profs passe par là ». Il lui a également dit qu’il ne comprenait pas comment il se faisait que certains enseignants ne soient pas en dépression après leur première journée de travail. Ça laisse rêveur hein ?

Les lacunes n’étaient pas seulement humaines et professionnelles. Elles étaient aussi matérielles. Petite anecdote qui exprime clairement l’importance que l’on accorde à ces élèves et au fait que les cours leurs soient réellement dispensés : on avait fourni les mauvais livres et les mauvais programmes à Marwa. La jeune femme explique que, selon elle, on l’a envoyé au « casse-pipe » et qu’on a juste «voulu boucher un trou, faire de la garderie, occuper des gamins dont personne ne veut ». Forte de tous ces désagréments, Marwa en arrive à prendre la décision la plus raisonnable. 

« Mme X m'a supplié de ne pas craquer et de rester car elle avait besoin de moi (car en attendant, en plus de ses horaires, c'était elle et une autre enseignante qui se partageaient les classes de celle que j’étais sensée remplacer). Après les conseils avisés de ma sœur, elle-même professeur  dans un collège,  j'ai décidé d'arrêter.  J'en suis tombée malade tellement j'étais sous pression!! ».

Fin de l’histoire : 
Le lundi suivant Marwa se rend dans le bureau du Proviseur pour lui signifier qu’elle arrêtait là le massacre. Elle retiendra cette grande phrase de son interlocuteur : « Vous savez être prof aujourd'hui c'est 30% de flicage, 30% de recadrage, 30% de social et avec un peu de chance 10% d'apprentissage ». Tel Amel Bent, il semble n’avoir qu’une philosophie… sauf que ce n’est peut-être pas la bonne. Enfin, moi je dis ça comme ça…

Accrochez-vous, le meilleur est à venir. Dans le flot de réformes qui accompagnent  la scolarité de nos enfants de la maternelle à l’université, celle du CAPES, examen qui forme nos futurs enseignants absents pour dépression nerveuse, prévoit que des étudiants de Master 2 (Bac + 5) viennent, en remplacement,  prendre en charge à temps-plein les classes des professeurs partis terminer leur formation ailleurs … Outre le fait que je me questionne sur le statut de ces futurs apprentis sorciers de l’enseignement, je me demande aussi quels en seront les effets forcément dévastateurs notamment dans les établissements classés comme difficiles ou qui cumulent les difficultés en termes de niveau scolaire des élèves… 

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Mbarka Ben Haj Mohamed -

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Réactions des internautes

Romuald
Vendredi 26 Février 2010, 13:25
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A travers les propos des "collègues" de Marwa (cf 4ème jour) ainsi que ceux tenus par le proviseur, je ressens un grand fatalisme, un baissage de bras généralisé.


J'avais vu un jour sur M6 une émission sur la scolarité dans le privé; le parallèle était fait avec le public.
Les reportages se déroulaient dans le 93, on apprenait que le privé (collèges/lycées catholiques en l'occurence) avait de plus en plus de succès, y compris auprès de familles peu aisées et pas forçément chrétiennes.

Ce qui y était appréciable, c'était l'autorité, beaucoup plus marquée dans le privé que dans le public.
Un exemple tout bête, à un moment on voyait comment se déroulait l'entrée dans l'enceinte d'un lycée public.
Au filtre, un jeune "surveillant" (en fait, depuis Luc Ferry, il convient de dire "assistant d'éducation", ça fait moins répressif.. idem pour le "surveillant général", aujourd'hui c'est un CPE..) exigeait des jeunes qu'ils ôtent capuches et casquettes. Ce qui ma foi semble logique et pas franchement anti-libertés individuelles.
Sauf que le jeune "assistant d'éducation" avait lui-même, vissée sur le crâne, une... casquette....


Lorsque j'étais militaire, on entendait souvent que la suspension du service national était une grosse erreur, car grâce au SN, les jeunes apprenaient la discripline, l'autorité, blablabla.

Or non, l'erreur, c'est de croire que des structures étatiques (école, armée) peuvent remplacer la structure familiale.
Le respect, l'autorité, la discripline, le vivre-ensemble s'inculque, à mon sens, dès chez soi.


Cela dit, il est évident que lorsque les cellules familiales sont explosées, soit avec des mères célibataires soit avec des familles recomposées, l'éducation passe peut-être derrière la nécessité de survie....
Mais là, l'Etat n'est en rien responsable du nombre d'enfants par famille, de l'inadéquation régulière entre la taille d ela famille et la surface habitable.


En tout cas, courage à ces jeunes profs, que l'Education nationale ne semble pas spécialement soutenir, et envoyer au contraire à l'abattoir.
Un peu comme les jeunes policiers, finalement....

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