La Madone de la Mode
Mardi 10/01/2012 | Posté par Sofia Azzedine
Avec la plus grande collection au monde consacrée à l'histoire universelle des tissus et intéressant les capacités couturières lyonnaises saluées dans le métier, le Musée des Tissus de Lyon accueille jusqu'au 25 mars les vêtements d'une personnalité universellement reconnue : la Vierge Marie.
La Sainte Marie est une personnalité qui a été des millions de fois représentée, toujours dans l'idéal des artistes, que ce soit sur toile, sur bois ou sur marbre, et avec les matières les plus nobles pour honorer cette figure religieuse.
L'exposition prend comme guest star la Vierge Noire de la Basilique de Toulouse de la Dorade (un nom qui ne vient pas du poisson, mais «de aurata» en latin signifiant «doré»), qui porte, outre son sceptre doré et son enfant Jésus fait dans la même matière boisée noire, une longue robe conique assortie de son éternel voile.
Ce vêtement fut mis en place il y a plus de 650 ans, Marie arbore alors différentes couleurs liturgiques, comme le violet du deuil, le noir de la pénitence, le blanc de la pureté, le rouge de la Toussaint et enfin le vert de la Pentecôte symbolisant la croissance de l'Eglise à travers la sève de Dieu. Le bleu n'étant pas une couleur liturgique, elle est la seule à le porter. Le Musée de Lyon a alors choisi d'exposer 22 de ces tenues accompagnée d'autres robes venant de France et d'autres contrées.
La Mère de Jésus est avant tout un symbole de fertilité pour les femmes enceintes, mais c'est aussi une icône qui par sa clémence peut faire des miracles. Afin que leurs vœux soient exaucés ou pour la remercier de sa générosité on lui offre des vêtements lui portant honneur (des soieries lyonnaises, des broderies bruxelloises, etc.). C'est une tradition plus pratiquée dans le Sud de l'Europe en Italie, en Espagne ou même dans le Sud Ouest de la France.
En septembre 2008, l'association des paroissiens de Notre Dame de la Dorade voulant du sang neuf ou plutôt des tenues neuves pour leur idole, ont fait appel aux plus grands couturiers Français pour compléter leur collection s'élevant à 30 robes. C'est ainsi que Franc Sorbier, des étudiants de l'école de mode de Toulouse et même un rescapé de l'usine AZF
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_de_l%27usine_AZF_de_Toulouse) ayant utilisé le savoir faire d'un grand couturier, Rubelli, ont directement répondu à l'appel pour que la Vierge puisse briller d'un éclat plus moderne et avoir une apparence plus adaptée aux nouvelles générations de fidèles, disons qu'il fallait mettre la Vierge à la mode...
Pour la première fois, on mélange des créations artistiques actuelles et parfois novatrices avec ce personnage ayant traversé les millénaires, symbole religieux à part entière.
Et c'est ce dernier fait qui est au cœur de la polémique. En effet, les vêtements de la Vierge sont d'abord difficiles à transporter du fait des matières coûteuses et précieuses utilisées incluant une fragilité et ont depuis la nuit des temps fait l'objet de colères excessives venant d'une partie des croyants qui ont été amenés à détruire ou voler ces robes du fait de leur caractère sacré ou au contraire de sa nature blasphématoire.
Faudrait il mettre une limite entre l'expression du style et l'image donnée à la Vierge ?
Lorsque l'on observe la robe de Jean Charles de Castelbejac, dite la «battle dress», qui utilise un treillis, on pense directement à une image de guerre, la Madone qui doit assoir sa souveraineté, ou une guerrière qui se bat contre le mal au prix du sang des démons de ce monde. Mais l'auteur très religieux la voit comme une Marie puissante et protectrice en écrasant le serpent du Mal. De nombreuses interprétations ont été faites, et cette dernière image n'a pas été appréciée de tous.
La Vierge, une icône ayant surpassé les siècles, les temps, et les humeurs, reste une idole intouchable. Elle fut au centre d'un mouvement de créations vestimentaires toujours cherchant à donner une splendeur et un éclat plus important que toutes les autres figures de l'édifice avec des matériaux des plus riches, des plus brillants et des teintes des plus recherchées. Il devient donc nécessaire de respecter cette image là. Il est donc plus difficile d'accepter des tenues du type de la « battle dress », à l'opposé du caractère sacral de la Vierge, les autres tenues, qui sont plus neutres changent la coupe habituelles des robes, tout en laissant cette image de sainteté flotter autours de la Vierge et de son fils Jésus, comme Notre Dame de Toulouse, et bien d'autres églises nous le démontrent chaque jour.
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Mardi 10 Janvier 2012, 18:04
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