Lyon Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

LA RENCONTRE DU MOIS DE NADIA avec Najat Vallaud-Belkacem : « Aujourd’hui, des gens issus de l’immigration et des quartiers populaires votent FN ! »

Mardi 27/12/2011 | Posté par Nadia Lakehal

Nadia a rencontré Najat Vallaud-Belkacem, nouveau porte-parole de François Hollande et adjointe au maire de Lyon. L’occasion pour notre journaliste de lui poser quelques questions sur son dernier livre « Réagissez ! Réponse au FN de A à Z » co-écrit avec Guillaume Bachelay (éditions JCG). Souriante et décontractée, Najat Vallaud-Belkacem s’est prêtée au jeu des questions-réponses.

Dans votre dernier livre «Réagissez ! Réponse au FN de A à Z», vous vous adressez à un éventuel futur électorat FN celui qui ,je vous cite,  «envisage pour la première fois de voter FN (…) bien que le FN ne soit pas sa tasse de thé et qui pense que Marine le Pen est économiquement à droite et socialement à gauche». Tous ces électeurs hésitants peuvent-ils faire pencher la balance en 2012 ? Est-ce un danger ?

Najat Vallaud-Belkacem : Ce ne sont pas les électeurs qui représentent un danger pour 2012 mais  c‘est le malentendu démocratique, que je perçois, qui consiste pour un grand nombre de gens à considérer que « la gauche et la droite c’est pareil ! », que la gauche et la droite sont impuissantes face aux désordres du monde, aux désordres sociaux, aux désordres économiques, aux désordres des marchés, aux désordres de l’insécurité, aux désordres de l’immigration... Beaucoup de personnes dans notre pays, voyant l’échec de tout ce qu’a entrepris Nicolas Sarkozy ces cinq dernières années et plus largement la droite ces dix dernières années, tirent la conclusion que même si on mettait la gauche au pouvoir, on serait confronté aux mêmes difficultés. Du coup, ils cherchent  à tourner leur regard vers quelqu’un qui apparaît plus ferme, plus volontariste pour lutter contre ces désordres.

 Il faut reconnaître à Marine Le Pen l'usage d’un langage simple, accessible à tous et qui laisse croire que des solutions faciles existent pour des problèmes complexes. C’est le cas en matière économique, face au désordres que j’ai évoqué, la crise des dettes souveraines,...La solution serait, pour Marine Le Pen, de sortir de l’euro, de l’Europe, de répandre la protection aux frontières. Cette solution a le mérite d’être présentée de manière simple mais ce dont souffrent beaucoup de français est de ne pas ne comprendre ce qu’il se passe, de ne pas comprendre les mécanismes.

Quand Nicolas Sarkozy va de sommets européens en sommets européens, en s’enfermant avec Angela Merkel puis ressort pour dire que tout est réglé, les Français ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas non plus ces agences de notations et tout ce qui oblige l’État à pratiquer des politiques d’austérité. Les gens comprennent juste ce qu’ils subissent directement :  les salaires n’augmentent pas, les emplois sont détruits, la retraite est à la baisse… Ils n’ont que ces effets  là sans jamais avoir d’explications. C’est ce qui fait le nid de Marine Le Pen, qui donne des explications schématiques et simplistes. Ce que je veux dire par là, c’est qu’au fond, le danger que représente Marine Le Pen aujourd’hui n’est pas le même que celui que représentait son père. Ce dernier attirait à lui des gens qui étaient sensibles au discours xénophobe, antisémite, d’exclusion, à la provocation permanente, aux dérapages réguliers ou bien un électorat qui voulait protester contre un électorat républicain, en votant pour l’ennemi de tous les autres partis.

Aujourd’hui, nous trouvons dans son électorat potentiel, des gens issus des quartiers populaires et de l’immigration. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre. J’ai été étonnée par le nombre de gens issus de ces quartiers caractérisés par le désespoir et la manque de perspectives et  où le taux de chômage est de 40%, qui me disaient tranquillement qu’ils comptaient voter FN. Ce n’était pas juste une provocation morale puisque les résultats ont prouvé que le FN a été présent dans plus de 400 cantons. C’est un type d’électorat nouveau qui adhère, notamment, à ces  propositions économiques et sociales et à ce nouveau visage fait de soit-disante normalisation, de républicanisme. Je pense que des gens y croient, contents de voir un parti reprendre ce flambeau-là.

Il y a un énorme malentendu ! Pour le lever à temps, nous à gauche, nous ne pouvons plus nous contenter de répondre comme nous répondions jadis à son père. Certains journalistes vont lui reprocher les dérapages et les propos de son père alors qu’elle dit ne pas être antisémite et que ce n’est plus ce qui fait la priorité de son programme. On n’utilise pas les bons arguments face à elle, à vouloir la diaboliser… Il faut à notre tour, notamment à gauche, que l’on sache parler à ceux qui sont le plus en souffrance dans notre pays. Non pas  avec des grands termes et d’un point de vue macro-économique. Il faut qu’on leur parle de leur vie quotidienne. Marine Le Pen donne l’impression qu’elle comprend leur vie quotidienne, je ne pense pas qu’elle soit vraiment dans la vie quotidienne de ces gens-là. N’oublions pas qu’elle vit dans un château.



Dès le début du livre, vous mettez à l’aise le lecteur en employant le tutoiement. Pourquoi avoir choisi cette formule ?

N.V-B : En fait c’est par respect ! Je sais que ma réponse peut sembler surprenante parce qu’aujourd’hui on a l’impression que c’est le vouvoiement qui est une marque de respect et le tutoiement une marque d’irrespect. Pour nous, en l’occurrence avec Guillaume, le tutoiement c’est une façon de nous mettre sur un pied d’égalité avec la personne à qui l’on s’adresse. Au fond le tutoiement c’est une façon de considérer l’autre comme un camarade, un compagnon. Nous sommes tous embarqués dans la même galère, on ne s’encombre pas de fioritures. Ce n’est pas une marque d’irrespect de notre part, bien au contraire.


Dans cet abécédaire des pièges à éviter, vous énumérez les nouvelles formules du FN. Par exemple : le FN emploie le terme de « priorité citoyenne » à la place de « préférence nationale ». Le FN essaierait-il de redorer son image sans en changer le fond ?


N.V-B : D’abord la forme a changé incontestablement, il faut le reconnaître. Il ne faut pas passer sous silence les efforts réalisés par Marine Le Pen pour se débarrasser de certaines personnes qui faisaient  le salut nazis. Donc la forme a quand même changé. Sur le fond, il y toujours dans la pensée FN ce discours d’exclusion, on le dit dans le livre, c’est simple le FN en a fini avec l’antisémitisme et l’a remplacé par l’islamophobie et ce pour plusieurs raisons. Notamment parce que, pour le FN, c‘est  bien plus porteur d’être islamophobe qu’antisémite, c’est de la stratégie politique voire du cynisme politique.

Aujourd’hui, au fond, assez peu de gens vont dire qu’ils sont antisémites, ce n’est plus porteur. C’est un sujet qui ne prend plus vraiment, il faut s’en réjouir, je ne suis pas en train de déplorer cela bien sûr ! Il y a une banalisation du discours anti-islam qui se cache sous différents masques avec : la laïcité absolue, l’identité nationale, les dérapages du gouvernement actuel, les peurs sincères des gens suite au 11 septembre, suite aussi à la mise en œuvre de la charia dans quelques pays… Tout cela, dans ce contexte-là, fait qu’aujourd’hui, il est plus fréquent d’entendre un discours islamophobe. Du coup, le FN a récupéré tout cela et c’est son fonds de commerce. Donc de ce point de vue-là, on ne peut pas dire qu’il ait changé.

En revanche, là où il  changé sur le fond, c’est dans la hiérarchisation de ses sujets, ce qui fait le succès de Marine Le Pen ce sont plus ses réponses économiques et sociales… même si ces dernières sont fragiles et ne tiennent pas la route.  Quand on la pousse dans ses retranchements pour savoir comment elle va payer, elle dit qu’elle va payer sans réellement fournir d’explications. Malheureusement les gens, souvent, s’arrêtent sur l’idée générale sans forcément creuser le sujet… C’est surtout cela qui fait son succès.

En surface le FN a changé car il a un visage plus souriant et plus charismatique. Les gens disent souvent que le père avait un charisme. Ce n’est pas la même chose car le père avait un charisme inquiétant. Alors que Marine Le Pen un charisme qui attire. Le mot d’ordre du FN reste le même qui consiste à dire que : le gâteau est trop petit pour être partagé a plusieurs et donc qu’il faut en exclure certains, alors que c’est fondamentalement une erreur économique parce qu’on doit pouvoir faire grossir le gâteau pour qu’il y en ait pour tout le monde. Le FN est fataliste.


Quelles sont les plus grandes contradictions du FN ?

N. V-B : Alors je veux bien que l’on change d’avis tous les cinq ans, que l’on évolue, un parti normalement doit avoir une cohérence et une petite constance. Mais il y a des contradictions historiques.

Voir aujourd’hui Marine Le Pen défendre la retraite à 60 ans alors que son père, il y a cinq ans, proposait la retraite à 67 ans,  là c’est une contradiction dans le temps.

Ensuite sur la laïcité, le FN se dit être le premier parti laïc de France alors qu’au moment de l’histoire du foulard dans les années 80, c’est le seul parti à s’être opposé à cette décision du Conseil d’Etat et se disait être le parti le plus anti-laïc de France. Il y a une contradiction actuelle car Marine Le Pen se dit être contre les Quicks halal, les prières de rue mais en même temps elle est pour le financement des établissements catholiques privé. Elle a une laïcité à deux vitesses, où le seul objectif est de rendre l’Islam mal venu dans la République.

On la dit aussi très moderne parce que c’est une femme qui élève seule ses enfants…très attentionnée à l’égard des droits des femmes. On retrouve dans son programme du FN, cette vieille proposition du FN qui consiste à créer un revenu parental.  En résumé, il s’agit de favoriser la natalité en France (qui va coûter 15 milliards d’euros) pour que la femme puisse prendre un congé parental de plusieurs années :  un congé de trois ans pour le premier enfant, six ans pour le deuxième, douze ans pour le troisième tout cela en étant payée. Ce qui aboutit à ce qu’une cohorte de femmes soit exclue du monde du travail et reste à la maison. Après il y a tous les autres sujets sur lesquels le FN n’a pas réfléchi. Ce n’est pas un parti de gouvernement. Par exemple, il ne parle pas de fiscalité, de développement durable. Le FN a copié le PS, sur la fiscalité, sans donner d’explication.


Vous êtes le porte-parole de François Hollande pour sa campagne présidentielle de 2012. Comment a été prise cette nomination au sein de la gauche ?


N. V-B : Plutôt bien je crois. Au fond même si je viens d’un camp différent, celui de Ségolène Royal, je crois qu’on a mené une campagne des primaires qui a été respectueuse. Nous ne sommes pas tombés dans le dénigrement des uns et des autres. Ce n’est pas comme cela que je conçois le combat politique que ce soit pour la campagne des primaires ou la campagne des présidentielles. Du coup, c’est plus facile de récupérer des gens qui se sont bien comportés. Par ailleurs, l’avantage est que j’ai une expérience, celle de 2007. Cela me permet de ne pas commettre des erreurs de débutante et d’apporter cette expérience à l’équipe actuelle de François Hollande car il y a des leçons à tirer de 2007 sur la façon  de s’organiser, de s’adresser aux personnes…
 

Vous aimerez peut-être

Nadia Lakehal -

Ça vous a plu ? Partagez-le avec vos amis !