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La rencontre du mois : Hafid Good Aboulahyane : "l'art m'a permis d'etre plus ouvert sur le monde "

Jeudi 15/09/2011 | Posté par Nadia Lakehal

Nadia a rencontré le réalisateur ''Hafidgood'', qui a créé en 2005 sa société de production de films de jeunes talents issus des quartiers. Multi casquette, il s'apprête à touner un nouveau film...

Hafid Aboulahyane, connu aussi sous le nom d'HafidGood, est acteur-auteur-producteur-réalisateur. C'est aussi un artiste critique doté d'une profonde humanité. La première fois que je l'ai vu, c'était dans son moyen-métrage ''La marche des crabes'' (diffusé en 2009 sur france 2) qu'il a écrit, réalisé et dans lequel il tient un des rôles principaux. Ce film relate une histoire d'amour impossible entre une belle jeune femme, mère célibataire, et un jeune homme, paraplégique.

HafidGood est un homme doué de sa génération qui, parti de rien, a su se créer un univers cinématographique. Un homme, à la verve naturelle et spontanée, qui clame des vérités, quelquefois dérangeantes dans la forme. Hafid Aboulahyane c'est aussi un regard doux, empreint d'une grande sensibilité, d'une candeur et un sourire qui se veut résolument positif. D'ailleurs son nom d'artiste parle de lui-même : "HafidGood" en référence au célèbre tube de James Brown "I feel good ". Un autodidacte, qui a fait de l'optimisme son crédo et une philosophie... Hafidgood a réalisé plusieurs court-métrages : Le poids du silence (avec Jacques Weber, HafidGood joue le rôle d'un jeune accusé de terrorisme) ; Forum ( le thème est le droit de vote et la citoyenneté, avec plusieurs tête d'affiche...) ; Il a réalisé de nombreux documentaires, des clips et des moyen-métrages.

 
 
Rétrospective
 

HafidGood ce n'est pas simplement un surnom, que des jeunes lui ont donné depuis son enfance, c'est aussi une marque déposée. Il est né à Orsay, en 1978, et a grandit aux Ulis (91). Lorsque je lui demande qu'elle est sa philosophie dans la vie, il réfléchit un instant et répond : "Il y en a tellement...excuse-moi pour l'expression mais je dirai que ma philosophie se résumerait ainsi  "nique sa mère la fatalité" parce que malgré les obstacles de la vie, nos coups de blues, nous nous devons d'avancer et de croire en nos rêves." Ces prémices augurent un entretien sérieux, drôle et sans consensus...

Chez cet artiste, une rage de vaincre émane de son discours malgré les différents obstacles rencontrés au cours de sa vie. Le premier de ces obstacles, a été d'épeler son nom, à consonance étrangère, dans les grandes institutions. Dans lesquelles, aucun effort n'est fait pour accepter ce qui vient de loin. S'ajoutera à cela, les références incessantes à ses origines, "un rappel continuel de son pays d'origine avec des "chez toi" et des "vous" ; alors que ces personnes savent très bien que je suis né en France , que je ne connais pas bien mon pays d'origine. J'ai vraiment le sentiment que l'on nous ramène toujours a nos origines alors qu'aux USA et en Angleterre la question ne se pose jamais.Ce sont des détails qui, à la longue, sont agaçants". Il avoue aussi sans langue de bois, les petits mensonges, dont il a dû faire preuve pour trouver un appartement, pour exister et subvenir à des besoins fondamentaux.

Lorsque j'évoque la vie au sein de son quartier, il rappelle cela avec nostalgie et regrette les années 80 où selon lui, la mixité était bien plus présente qu'aujourd'hui. Il a vu apparaître, à partir des années 90, le communautarisme avec les "blacks" d'un côté et les "rebeu" de l'autre comme si tout avait été savamment orchestré ! Mais le cinéma lui a ouvert des portes et une ouverture d'esprit sur le monde, sur les gens et un regard neuf sur les différentes communautés. Grâce à l'éducation de ses parents et au cinéma, il a su être tolérant et accepter la différence, " l'art m'a permis d'être beaucoup plus ouvert sur le monde".

Dans ses soutiens, il a pu compter sur sa mère et son frère aîné. Au début, avec son père les rapports étaient assez tendus car ce dernier ne comprenait pas les choix artistiques de son fils , ce qui est paradoxal en sachant que le père d'HafidGood est un grand amateur de poésie, et de musique berbère marocaine. Son grand-père était un grand orateur, à la différence que, ces deux derniers, ne se sont jamais professionnalisés : "Il faut se situer dans le contexte de l'époque, mon père allait jouer dans les mariages pour arrondir ses fins de mois. Désormais, il me soutient avec toute la famille même si, quelquefois, ils ne comprennent pas l'univers artistique."
 

J'ai aussi voulu savoir s'il y avait des avantages à venir d'un quartier populaire et si c'était chose aisée que d'accéder dans le monde, très fermé et reclus, du cinéma : " Tout dépend, c'est selon l'actualité du moment pour certains et puis il y a des réalisateurs qui aiment énormément l'univers de la banlieue et qui puisent leur inspiration dans ce milieu-là."

 

Il y a sans doute des personnes qui l'ont émerveillé, plus jeune et au cours de son existence. Le premier exemple qui lui vient en tête est son cousin Mohamed. Un homme qui l'a fasciné dans son enfance et son adolescence : "Il m'a fasciné parce que c'était le grand-frère de la cité avec une grande morale. C'était un homme intelligent qui suivait de brillantes études. Il bossait au marché pour payer ses études et ses sorties du week-end (...) Il avait des passions. J'étais fier d'avoir un cousin avec une telle énergie et aussi entreprenant. Aujourd'hui, il est architecte, marié avec des enfants."
 

Ses références artistiques
 

Daniel Auteuil et Roschdy Zem font partie de ses acteurs préférés car ils ont "une énergie et une grande rigueur professionnelle". Il apprécie pleinement Hiam Abbas, actrice-écrivaine-réalisatrice palestinienne. Deux de ses écrivains préférés, sont Rachid Djaidani (auteur de Boumkoeur) et Samuel Benchetrit (qui a un rôle dans ''La marche des crabes''), qui lui ont redonné le goût de la lecture.

Un de ses films favoris, est un grand classique du cinéma français La règle du jeu de Jean Renoir (1939). "J'aime beaucoup les comédies sociales et l'univers de Claude Lelouch''.

En comparant le cinéma français avec celui des autres pays du monde, HafidGood déplore quelque peu cette culture du réseau en France qui tend à faire de l'ombre à la culture du talent. A l'inverse des USA, où les réalisateurs et producteurs privilégient le talent avant toute chose. Mais HafidGood s'adapte et semble jouer le jeu...

Ses sources d'inspiration sont "les gens, mes déceptions amoureuses comme le faisait Gainsbourg, une phrase lors d'une conversation, la politique, l'actualité, la citoyenneté, une rencontre hasardeuse..."

Avec une filmographie variée, il traite de différents sujets, par exemple dans ''Forum'', il aborde le droit de vote ; dans ''Le poids du silence'' ( inspiré par le livre de Simone Tournier ''La mort au petit matin'') il campe le rôle d'un présumé terroriste. Est-ce une forme d'engagement ? HafidGood répond "Je fais les choses avec coeur et passion. Quand tu ouvres la bouche, tu t'engages(...) A chaque histoire sa morale. Je n'ai pas pour ambition d'être une star car seul le public en décide. Le plus important, pour moi, est de vivre de mon art et d'être en perpétuel mouvement."

Tourner avec des grands noms du cinéma français peut faire peur au prime abord. Cependant, HafidGood pense avoir gagné en crédibilité "Le plus important ce n'est pas les noms à l'affiche mais l'histoire que tu racontes (...). Beaucoup ont tendances à croire que le cinéma se résume à monter les marches du festival de Cannes. Ce n'est pas cela, le travail, en amont, est immense mais personne ne le voit."

Son talent et son travail ont été reconnu dans le monde entier. Pour La marche des crabes, il s'est rendu à 75 festivals dans le monde (Ile de la Réunion, Maroc, Algérie, Dubai, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Belgique, Suisse, Usa, Inde, Brésil, Japon, Cannes en 2011 dans l'Entre deux marches...). Au total, ce moyen-métrage à rafler 12 prix sur un an et demi de tournée !

 
Ses projets
 

Son prochain tournage est sur le thème la citoyenneté avec pour fond, les élections de 2012. "Il y aura la même énergie que "Forum", une histoire qui tournera autour d'une conversation entre trois femmes."
 
Y'a-t-il un long-métrage en vue ? " Je travaille sur un long-métrage, le tournage est prévu pour 2012."

 

Si tu avais un message à transmettre aux jeunes générations qui souhaitent devenir réalisateur ou bien être comédien ? quel serait il ?". Il répond sans la moindre hésitation : " Travailler car rien n'est acquis ! C'est un travail de tous les jours ! Rester humble ! Rester soi-même ! Parce qu'un film peut marcher, le suivant peut être un échec. Il y a toujours une remise en question comme le boxeur (...) Il y a aussi l'angoisse de la page blanche qu'il faut affronter, ces remises en question peuvent sembler difficiles mais elles sont nécessaires. Mais quand on y arrive, c'est merveilleux, je trouve !".

 
Les petites questions "perso"
 

J'avais lu, dans une de ses interviews, qu'il se définissait comme un homme romantique. D'ailleurs, il semble bien l'assumer et je cherche à savoir si ce n'est pas antinomique avec son côté artiste et rebelle des banlieues. Il sourit et me dit " Je suis rebelle, je n'aime pas l'injustice sous toutes ses formes. je suis effectivement un grand romantique mais cela ne veut pas dire que je suis un imbécile. J'ai aussi mes cotés gauche, je ne suis pas parfait ! Je suis toujours admiratif des gens qui prennent des risques parce que passion rime avec risque. Je respecte les audacieux !"

 

Ma dernière question pour HafidGood concerne la nouvelle génération de jeunes issus des quartiers qui se lancent dans le cinéma. Je lui demande ce que cette nouvelle génération d'acteurs et de réalisateurs ont de plus que les autres ? Et quelle nouvelle perspective peuvent ils apporter au paysage cinématographique français  ?

 

''Nous n'avons pas eu les moyens d'accéder aux grandes écoles, non pas que l'envie n'était pas présente, mais il manquait l'argent. La distance aussi est grande entre Paris et sa banlieue, cela coûte du temps et l'argent ! Mais ces jeunes ont la rage, l'énergie, l'envie, la volonté. On n'a pas le choix, on est des piles et même éteintes, nous continuons à fonctionner...de vrais guerriers !"

 

Son site officiel avec Bio, Films, Photos, Interviews...

http://www.hafidgood.tv/

La marche des crabes http://www.hafidgood.tv/category/court-metrage/
 

Nadia Lakehal -

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Réactions des internautes

GNT
Vendredi 16 Septembre 2011, 17:27
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Bravoooo

très encourageant,jai vu la marche des crabes ; il est super. Continuez ça fait plaisir de voir des jeunes d cité sen sortir.ya pa que de voyous contrairment a ce que lon veut nous faire croire a la télé!

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Carlos
Mardi 20 Septembre 2011, 18:12
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Surpris
Donc, il y'a des artiste cher les arabes? Moi qui croyai que vous netiez q'un peuple a la barbe hirssute, violent et sanguinaire
Dnc le LBB n'est pas un repere de terroriste et islamo fanatique en tous genre
Me voici rassurer, continuer a m'etre en lumiere les exemple des quartier qui on reussit a se sortir, de ces bourbier sociaux, bonne article bon sujet bonne continuation

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