« Les tabous de la police, ce sont les tabous de la France »
Mardi 08/06/2010 | Posté par Ryzlen Bouguessa
Un débat était organisé le 3 juin dernier autour des rapports entre jeunes et policiers, deux camps qui ne se connaissent guère. Invité du jour : Mohamed Douhane, auteur du livre « Les tabous de la police ».
Après une brève présentation, place au débat. Les questions fusent de toute part. « Pourquoi a-t-on droit à un contrôle d’identité alors que nous sommes accompagnés de notre éducateur ? » ; « Mon fils s’est fait verbalisé trois fois par le même agent, est-ce normal ? » ; « Les policiers créent leur propre scénario pour nous faire inculper ! N’y a-t-il pas un problème de formation au sein de la police nationale ? »… Le ton monte, si bien que la tension se fait rapidement sentir dans la salle. Le commandant de police rappelle à l’ordre, « il faut être respectable pour se faire respecter », avant qu’un participant intervienne pour rappeler à l’assemblée que la venue de M. Douhane a avant tout pour objectif de permettre un dialogue avec les jeunes.
Le message de M. Douhane est quant à lui assez clair : « Je veux transmettre un message d’espoir. Notre jeunesse a besoin de valeurs, elle traverse une crise morale au-delà d’une crise économique et sociale, mais aussi une crise du respect et du vivre ensemble. La police est avant tout un service public, elle ne doit pas être perçue comme une bande rivale ; les premières victimes de l’insécurité sont les populations issues des quartiers qui souffrent déjà d’une crise économique car la violence conduit immanquablement à stigmatiser un peu plus les populations de ces quartiers »
Au cours du débat, certains souhaitent avoir son avis sur la question identitaire. « La question identitaire est fondamentale car on ne peut pas vivre dans une société dans laquelle on ne sait pas où on va et surtout d’où on vient. La sécurité concerne tout le monde et c’est ce que j’ai voulu montrer dans ce livre », livre Mohamed Douane.
D’autres le questionnent sur ses motivations à écrire un livre sur cette question des tabous de la police. « C’est un témoignage après 17 ans d’activité dans la police. C’était pour moi un moyen de montrer qu’en France il n’y a pas de fatalité : on peut réussir si on s’en donne les moyens. C’est un métier très souvent caricaturé et entouré de fantasmes, j’ai donc fait le pari de décrypter, raconter mon expérience professionnelle et aborder sans tabou la délinquance des mineurs, les violences urbaines et la prévention de la délinquance ; c’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre il y a un an. Quant au titre « Les tabous de la police », ce sont avant tout les tabous de la France ».
Plus tard, dans la salle, un habitant du quartier prendra la parole. Son témoignage sera écouté avec attention et bienveillance pour être finalement applaudi chaleureusement. « Depuis l’enfance, on a droit à un harcèlement psychologique lorsqu’on nous traite de bourricot à l’école et cela se poursuit tout au long de nos études. Même ceux qui ne cèdent pas à ce harcèlement et obtiennent de gros diplômes ne réussissent pas, à cause de leur patronyme à consonance exotique ou encore leur couleur de peau. Il faut donc comprendre les jeunes qui se tournent vers la drogue pour s’offrir un bon train de vie en voyant qu’avec des diplômes il n’auraient pas le même statut ! Les jeunes je m’adresse à vous : ne lâchez rien et c’est comme ça que vous obtiendrez des postes clefs comme M. Douhane et que vous finirez par faire changer les choses de « là-haut » ! ».
Vous aimerez peut-être
22 heures de garde à vue pour une claque
Ma journée avec la police...sans les menottes !
Unités territoriales de quartier : où sont-elles?



S'inscrire pour commenter




Réactions des internautes
Mardi 8 Juin 2010, 08:59
Signaler un abus
Même si je ne suis pas certain qu'il soit arrivé à les convaincre...
Algérien d'origine, Français, policier et en prime de droite.
Il ne doit pas avoir que des amis cela dit...
Je suis moi-même douanier, sur Roissy, et mes collègues et moi nous employons à vouvoyer, et plus largement à respecter ceux que nous contrôlons.
Pourtant, peut-être parce que je fais jeune (je vais avoir 38 ans, mais étant asiat, je fais jeune...) ou parce que c'est leur habitude - ou parce qu'ils se font eux-mêmes tutoyer - je me fais régulièrement tutoyer par des jeunes, pas forcément des banlieues du reste.
Se faire contrôler n'est pas agréable, car cela provoque un sentiment d'être vu comme coupable; de par mon job j'en suis bien conscient.
Mais la manière de conduire les contrôles, qui peut très bien être des plus professionnelles, n'influe pas toujours positivement..
Certaines personnes sont rétives à toute forme d'autorité et le manifeste bruyamment (encore une fois, ça ne concerne pas exclusivement des jeunes de banlieue; avant-hier soir au boulot, un collègue a contrôlé un ancien mili, qui dès le début du contrôle manifestait son énervement....).
Idem pour le racisme, il est assez surprenant de voir des contrôlés parler de racisme, lorsque celui/celle qui les contrôle est de la même couleur de peau......
C'est fréquent, très troublant et même rageant de se faire accuser à tort, surtout en cette période où le pseudo-antiracisme se fait virulent...
Le pire étant les « acteurs », qui profitent des badauds pour rameuter ceux-ci et les pousser à prendre position en leur faveur : une personne de couleur, encadrée par quelques uniformes bleus armés, ça ne peut être que du racisme de la part de ces derniers.........
Répondre -
Mardi 8 Juin 2010, 14:29
Signaler un abus
Re:
Je crois que le problème n'est pas dans le "se faire contrôler", car quand on va à l'aéroport, on doit se fait contrôler, montrer sa pièce d'identité, mais cet "on" représente TOUT LE MONDE et pas seulement quelqu'uns. Je me rappelle d'être avec deux amis, un japonais et un français, on venait d'une soirée et on a passé devant trois policiers.On parlait fort et on rigolait, ils nous ont regardé, mais ils ont pas bougé. Alors qu'il passa aussi un homme de ton age Roumuald dont le phénotype est celui d'un mec du lest, il s'est fait arrêté 2 secondes après nous, pourquoi ? il était "bien" habillé, il marchait tranquile ..
Je crois qu'il devrait avoir plus de bonhomme comme ce monsieur, c'est-à-dire, des "keufs" qui viennent parler de la vie d'un POLICIER. Tu vois ce que je veux dire ? Si l'on se demande combien de fois un jeune a rencontré un gardien de la paix, on verra que soit il était en garde à vue, soit dans une manifestation... par conséquence chacun a des préjugés sur l'autre...
Répondre -