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Ma journée avec la police...sans les menottes !

Dimanche 17/10/2010 | Posté par Mbarka Ben Haj Mohamed

C’est au détour d’un court flash d’information diffusé sur Radio Espace que Mbarka apprend l’existence des Journées de la Sécurité Intérieure organisées par la Préfecture du Rhône samedi 9 octobre dernier. Une occasion en or pour décrypter le(s) métier(s) de flic...

J’allais enfin pouvoir avoir l’occasion de côtoyer la police de près sans devoir pour cela commettre un braquage comme cela semble être la grande mode dans les parages…Lorsque j’arrive à la Préfecture, une démonstration d’interpellation sur un piéton est en train de se finir alors que je n’ai pas encore franchi les grilles de l’imposant édifice. L’endroit fourmille d’agents en uniformes. De quoi éloigner toute forme de crime du lieu. J’assiste à la fin de la démonstration de la police, un peu déçue d’avoir raté le reste. Ces gars là pourraient jouer dans un film tellement ils vivaient leur prestation. Je reste impressionnée par les armes non chargées qu’ils exhibent.

A l’intérieur de la Préfecture  se tiennent des stands. Au rez-de-chaussée, des stands de recrutement agrémentés d’accessoires en tous genre. Les « Experts Lyon », ou membres de la Police Technique et Scientifique, m’attendaient à l’étage, dans le salon d’honneur aux lustres presque aussi impressionnants que celui de la Grande Mosquée de Lyon.

Bizarrement, ce qui attiré mon attention en premier lieu, c’est la déco très « dix-neuvième ». Ce n’est qu’une fois le moment d’émerveillement passé que je constate la présence d’un cadavre au centre de la pièce. Evidemment, il s’agissait d’une scène de crime factice.
 

Le premier stand que j’aborde est celui des tests concernant les matériaux dangereux. Une experte nous montre, machine scientifique high-tech à l’appui, comment sont analysés les produits suspects. Elle utilise pour cela une sorte de poudre blanche. Je blêmis légèrement quand je vois tous les indicateurs de la machine virer au rouge…Grand moment de solitude pour l’experte, surtout quand elle dévoile qu’elle a en fait lancé l’analyse d’une simple farine alimentaire. J’ai toujours su qu’on nous faisait manger n’importe quoi…

Stand voisin : analyse des sites ayant explosé ou brulé de manière suspecte. Tout est suspect pour la police, même moi.  Un enjoué  « Parlez-moi de votre métier ! » s’échappe de mes lèvres souriantes pour rencontrer un accueil que je qualifierai de plutôt méfiant… Le visage de mon interlocutrice est plutôt rigide et elle répond à mon enthousiasme évident par un air mi-crispé mi-inquisiteur : « Heu, ça dépend vous êtes qui ? ». J’avais envie de lui dire : « La cousine de Ben Laden , ça se voit pas ?».

Bon, en même temps c’est un policier, je ne peux pas lui en vouloir d’être méfiante, surtout dans sa branche (explosifs et autres produits antipathiques) mais cela a jeté un certain froid je dirais…Pour le coup, cela m’a presque découragé d’écouter ces gens parler de leur métier. Dès qu’on pose des questions, tout le monde se crispe. Ne vous inquiétez pas les gars, vous n’êtes pas des magiciens, il n’y a aucun trucage : ce que vous ne dites pas, nous le trouverons dans les livres et autres moyens d’information…En général, ceux qui fabriquent des bombes n’attendent pas que vous organisiez des journées portes ouvertes pour savoir comment faire !

Une conférence présentée par Isabelle Curé, ingénieure de la Police Technique et Scientifique, attire mon attention : « Les experts, de la fiction à la réalité ». Mme Curé s’est offert la mission d’éduquer le peuple beaucoup trop imprégné de culture télévisuelle américaine. « Chez nous tout est cloisonné, nous ne faisons pas de police judiciaire, nous ne portons pas d’armes et ne réalisons pas de perquisitions». Un mythe s’est effondré en direct pour une assistance qui s’attendait probablement à rencontrer Gil Grissom  en personne (Les Experts sur TF1) à en croire la thématique annoncée. C’est aussi avec le pragmatisme d’une Temperance Brennan (Bones sur M6)  qu’elle explique que les Experts à la française sont beaucoup moins glamour que ceux que l’on voit à la télé : « Nous n’allons pas en talons aiguille sur les scènes de crimes, habillés de notre plus beau tailleur…nous avons des combinaisons, des charlottes sur la tête… ». Rires discret dans le public, dont le mien (bon ok, pas si discret que ça).

Le clou de cette journée reste et restera cette fameuse démonstration qui a eu lieu sur les berges du Rhône avec en guest star le GIPN* himself !  C’est toujours très impressionnant de voir ces hommes cagoulés et armés jusqu’aux dents débarquer quelque part. Des légendes vivantes qui, lorsqu’elles se sont lancées dans la simulation de prise d’otages pour leur démonstration, nous ont donné un show à faire pâlir de jalousie les meilleurs films d’action du moment. Abordage d’un navire où de pseudo victimes, de très jeunes sapeurs-pompiers, attendaient une action libératrice du commando, intervention musclée avec appui d’un hélicoptère de la gendarmerie…Bref, un grand moment pour tous ceux qui étaient là.
 

La véritable star de cette exhibition a sans nul doute été l’hélicoptère qui avait fait une apparition si soudaine qu’elle en a totalement galvanisé les foules.  Arrivée spectaculaire de l’engin sur les lieux, maîtrise parfaite de l’hélicoptère (chapeau au pilote). Nous avons tous apprécié le « coucou » lancé spécialement en direction du public par l’agent embarqué lors du dernier passage de l’engin. C’est là qu’on se rend compte qu’on est tous de grands enfants ! 

Opération réussie à 100 % pour cette journée de la Sécurité Intérieure, si ce n’est que je regrette profondément que la Préfecture n’ait pas pensé à faire participer des  enfants des banlieues pour cette simulation de prise d’otage. Ce genre d’opération aurait selon moi contribué à réconcilier ces jeunes, qui n’ont malheureusement qu’une vision négative de la police, avec les forces de l’ordre.

           Petit bémol cependant. Enchantée par ce que j’ai vu, je raconte autour de moi ma journée avec la police. Un ami me lance : « Ah j’ai un pote qui a voulu faire partie de la police scientifique…Quand il est parti se renseigner, tu sais ce qu’on lui a répondu ? ». Je réponds que non. « On lui a dit texto : tu crois vraiment qu’on va faire entrer le loup dans la bergerie ? ». L’ami de mon ami est maghrébin. Certaines aberrations semblent perdurer dans certaines mentalités … « La sécurité, partout et pour tout le monde ». C’était le slogan martelé avec la précision d'une arme à répétition par l’animatrice de la journée…Peut être pas par tout le monde dans quelques esprits…

 

*GIPN = Groupe d’Intervention de la Police Nationale

 

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Mbarka Ben Haj Mohamed -

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Réactions des internautes

Romuald
Mardi 19 Octobre 2010, 10:52
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 Article fort intéressant.

Certes ces Journées sont de la pure comm', mais permet de considérer ces métiers sécuritaire sous un angle différent que celui de la pure répression.
On oublie trop souvent que la police est un service public....


Concernant cette histoire d'ami de l'ami à qui aurait été balancé « on ne va pas faire rentrer le loup dans la bergerie » j'exprime toutefois un très gros doute.

Comme je l'ai écrit plus haut, il s'agit d'une opération de communication, et il est difficilement crédible qu'un policier ait rétorqué cela à l'ami de l'ami.
D'autant que, travaillant en coopération avec la police, je vois des officiers de police de toute origine, dont certains sont d'origine maghrébine.

Je pense aussi au commandant Mohamed Douhane qui en prime est à droite, ou à ces témoignages d'officiers de police d'origine maghrébine (certes datant de 2002).


Par ailleurs, sous l'impulsion de Chevènement me semble-t-il puis d'un certain Sarkozy, qui a mis en place les Cadets de la République, existe une volonté politique de démocratiser la police et donc d'y introduire des jeunes issus de différents milieux sociaux mais aussi ethniques - même si ce n'est pas officiel.

Le but est de présenter une police à l'image des populations au sein desquelles les policiers sont amenés à patrouiller.

Les Cadets de la République concernent essentiellement des jeunes n'ayant pas le bagage suffisant (le bac) pour devenir directement gardien de la paix, et qui ne peuvent donc que souscrire un contrat ADS à l'issue de la prépa au concours d'ADS; prépa suivie dans le cadre de ces Cadets de la République donc..

Les ADS (adjoints de sécurité) sont des CDD dans la lignée des emplois-jeunes créés par le PS en 1997 pour masquer les chiffres du chômage des jeunes : il y en a eu jusqu'à 20.000 sous Jospin; aujourd'hhui c'est redescendu à moins de 10.000..

Un ADS souscrit un contrat de 5 ans et peut, avant la fin de son contrat, passer en interne le concours de gardien de la paix (GPX) et devenir ainsi titulaire et non plus simple pion jetable, sous-payé comme le sont les ADS......


Bref tout cela pour dire qu'il y a des jeunes Français d'origine immigrée, dont maghrébine, au sein de la police, si si !
Du reste il est question du GIPN, il a été créé par Georges Nguyen Van Loc, appelé en son temps le Chinois.

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Mbarka Ben Haj Mohamed
Mardi 19 Octobre 2010, 12:00
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 Tu as le droit de douter Romuald mais ce qu’a vécu l’ami de mon ami est vrai, je te le confirme. A toi de me croire ou non. Mais ce n’est pas lors de ces journées portes ouvertes que cela s’est produit…Il était simplement parti se renseigner sur un métier qui l’intéressait.

 

Par ailleurs, il ne faut pas lire autre chose que ce que j’écris : « Certaines aberrations semblent perdurer dans certaines mentalités … ».

Le racisme latent existe au sein des corps de police et de gendarmerie. Rien de nouveau sous le soleil. Je ne dis pas que ces professions ne se sont pas ouvertes aux « minorités », loin de là ! Heureusement que ce travail a été fait et au contraire il est important que toutes les catégories de la populations soient présentes dans ce secteur.

Je dis seulement que certaines choses persistent. Une jeune recrue de la gendarmerie me l’a un jour confirmé par ailleurs…

Je ne suis pas quelqu’un qui s’oppose systématiquement à la police ou aux gendarmes. Bien au contraire, sur bien des aspects, ces métiers me fascinent notamment dans leur rôle protecteur, leurs techniques. Pourquoi crois-tu que je me suis déplacée à ces journées portes ouvertes ? C’était pour moi l’occasion d’approcher ces métiers que je respecte.

D’autre part la suggestion que je fais concernant la participation des enfants de banlieue pour cette simulation est justement là pour ça : « Ce genre d’opération aurait selon moi contribué à réconcilier ces jeunes, qui n’ont malheureusement qu’une vision négative de la police, avec les forces de l’ordre ».

Il demeure que je suis persuadée qu’être maghrébin, noir, asiatique ou musulman de surcroit  pose problèmes à certains…et que parfois ils finissent par l’exprimer...

Répondre -

Romuald
Mardi 19 Octobre 2010, 13:11
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Re:
Je ne doute pas qu'il y aient encore des relents racistes au sein des institutions régaliennes; ils sont à condamner.

J'ai été militaire, j'ai eu des supérieurs d'origine maghrébine ou asiatique (je suis moi-même d'origine viet); je suis aujourd'hui douanier, j'ai des collègues de toutes origines et je côtoye des policiers de la PAF eux aussi de toutes origines.


Tout comme les officiers de police d'origine maghrébine témoignant dans l'article de Bladi.net que j'ai mis en lien plus haut, je n'ai pour ma part jamais eu à subir de remarques racistes de la part de collègues.
Les seules insultes « racistes » que j'ai reçues l'ont été dans le civil, dans le RER, par un jeune d'origine maghrébine, à qui j'ai osé rappeler qu'il était interdit de fumer..


Dans ma brigade, nous avions plusieurs collègues d'origine maghrébine (par le jeu des mut' et des concours, il n'en reste plus qu'un). Deux en particulier jouaient les éternelles victimes, ressassaient le racisme dont ils faisaient l'objet de la part de l'administration etc.
Mais, dans le même temps, leur comportement au boulot, leur ponctualité très peu fiable etc faisaient qu'ils étaient mal notés par la hiérarchie, et mal vus de nous autres. Ce qui entretenait leur victimisation. Or il n'y avait aucun problème avec les autres collègues d'origine maghrébine.

Il se trouve que, malgré leur manque d'implication évidente au boulot et leur lacunes professionnelles, ils ont réussi un concours avec une bonne note à l'oral : tout le monde a aussitôt pensé à la discrimination positive...


Ce sont des corps de métier particuliers où les réticences sont encore nombreuses et le conservatisme puissant - un autre exemple, l'intégration des femmes - mais, lorsqu'un élément fait ses preuves dans des situations tendues, il est considéré comme membre à part entière, comme un frère (ou soeur) d'arme.
Ses autres collègues savent qu'ils peuvent compter sur lui/elle. C'est surtout le cas dans l'armée et la police.
Ca, c'est pour le racisme inter-collègues dont témoignaient une ancienne ADS de la PAF d'origine maghrébine dans un bouquin sorti il y a quelques jours, ou cet ancien CRS lui aussi d'origine maghrébine et qui, pour se venger des contrôles à répétition etc, a voulu infiltrer la police pour montrer des travers. Ca a aussi fait l'objet d'un livre.


Concernant le racisme exprimé par des policiers envers des jeunes d'origine maghrébine (ou autre ?), le recrutement ne permet pas d'écarter les racistes, les alcoolos, les brutes. D'autant que les critères de recrutement ont été abaissés; idem pour l'armée et c'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis barré (quotas absurdes de jeunes défavorisés dès la professionnalisation des forces armées en 1997; quotas aujourd'hui officialisés sous le nom Plan de l'égalité des chances)....
Bref la police, et l'armée, sont le reflet de la société civile.

Je pense également que l'environnement de travail influe sur les comportements. Se faire tirer dessus, insulter sans pouvoir riposter ou sans pouvoir interpeller fait s'accumuler de la haine.
La réciproque doit se vérifier à n'en pas douter du côté des petits caïds des cités.


Les préjugés fusent, la réflexion s'estompe. Ca devient l'affrontement entre « pas de quartier envers les jeunes afro-maghrébins » vs « il faut tuer les policiers »...
Et là, la justice ne joue pas son rôle puisque les bavures policières sont peu ou pas lourdement sanctionnées (elles le sont, cf les quelque 3.000 procédures judiciaires contre des policiers l'an passé, mais pas assez), et de l'autre côté, les textes de rap appelant à tuer du flic bénéficient de la liberté d'expression.....

Un récent article du Lyon Blog plaint même les « pauvres » rappeurs de Sexion d'Assaut censurés dans quelques salles de concert françaises pour leurs propos anti-homos, et un parallèle y est fait avec ces autres « pauvres » rappeurs appelant à tuer du flic......

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