Lyon Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

Nous, on ne fête pas les anniversaires

Jeudi 11/03/2010 | Posté par Mbarka Ben Haj Mohamed

Petite discussion entre amis sur les non-anniversaires de notre enfance.

Les réunions du Lyon Bondy Blog (LBB pour les intimes) nous donnent souvent l’occasion de débattre sur nos petites vies et ainsi d’aborder certains sujets bien à nous. Lors de la dernière séance en date, Fouzia, grande comédienne de son état,  nous a fait croire que c’était son anniversaire.Bref, ce canular a été pour nous le moyen de mettre en évidence que pour beaucoup d’entre nous, il n’était  pas naturel de fêter les anniversaires car ils n’entraient tout simplement pas dans les traditions familiales. C’était aussi une manière pour nous d’expliquer pourquoi nous avions tous foncé tête baissée dans le piège de Fouzia…

Je lance à notre blagueuse, « moi je t’ai cru…tu sais, je ne retiens pas forcément les dates d’anniversaire car on en a jamais vraiment fêté dans ma famille. Ce n’est pas quelque chose qui me vient automatiquement ».

Là-dessus, mes collègues viennent confirmer mes dires. Il apparait que dans la plupart des familles maghrébines, les anniversaires passent à la trappe.  Rafika nous raconte comment elle a vécu le jour de ses 16 ans. Elle se souvient, une fois n’est pas coutume, avoir évoqué le souhait de marquer le coup à sa famille, histoire de faire comme les autres gosses au moins une fois dans sa vie (lol). Elle s’attendait à tout sauf peut-être à la réponse tragico-fatale de son père : « Quoi ?! Ton frère est en gardav’ et toi tu me parles de ton anniversaire ??? »…Rafika n’a peut-être pas profité d’un bon gâteau au chocolat ce jour là, mais en tout cas, le jour de sa seizième année a été comme qui dirait …unique en son genre.

Puisque nous étions dans les souvenirs, je finis par raconter comment j’ai vécu le jour de mes douze ans. Dans ma famille, c’est bien simple : pas de gâteaux, pas de bougies, pas de fête où l’on invite tous ses petits camarades. On savait juste qu’on avait un peu grandi et cela suffisait… Ce n’est pas quelque chose que nous avons mal vécu à vrai dire et nous ne nous étions jamais véritablement posé la question de savoir pourquoi on ne faisait pas comme les autres.  Nos parents nous offraient tout ce dont nous avions besoin après tout.

Seulement, il y avait l’école. Le souci ne venait pas de mes camarades :  il fallait juste s'inventer un cadeau imaginaire comme pour Noël (mdr) et le tour était joué !  A ces occasions là, tous les maghrébins du quartier étaient les enfants les plus gâtés par leurs parents qui soient… Tous les petits français arrivaient à nous envier des jouets que même le Père-Noël n’avait pas encore fabriqué. Nous, on avait déjà la PSP au début des années 1990 ! Ils étaient si crédules…

Retour à l’école primaire où, pendant que ma maîtresse fait l’appel, cette dernière se rend compte que mon anniversaire est proche : « Ah mais c’est bientôt ton anniversaire… Il faut absolument fêter ça ! ». Qui aurait cru que cette petite phrase pleine de sympathie allait m’attirer dans l’un des épisodes les plus gênant de ma scolarité ?

Pas facile de fêter un anniversaire alors que jusqu’ici on ne l’avait jamais fait. Ma maîtresse de CM2 était bien gentille mais là elle me posait une colle. Ma qualité de première de la classe ne m’avait servi à rien ce jour-là et de cette petite phrase anodine lancée durant un banal appel de classe allait découler toute une série de « difficultés »…

La première d’entre elle : annoncer à mes parents que la maîtresse voulait célébrer mon anniversaire en classe et qu’il fallait prévoir gâteaux et boissons. Rien que cette petite chose d’une normalité affligeante pour tout gamin lambda avait été pour moi l’objet de toute une préparation mentale.

« C’est la maîtresse qui l’a dit ! Tu peux lui demander demain si tu veux… ».  C’était mon sésame pour lancer mes parents dans l’opération « anniversaire ». A l’époque, l’école était sacrée et tout ce qui émanait d’elle l’était tout autant. Une chance pour moi : j’allais vivre mon premier anniversaire. Et avec mes camarades de classe !

J’ai vite déchanté. Pour mon père, fêter un anniversaire était quelque chose de superflu qui l’obligeait à une dépense qu’il ne jugeait pas nécessaire. Surtout que je ne voulais pas du gâteau au yaourt de ma mère cette fois là. Non qu’il soit mauvais mais je voulais être à la hauteur des anniversaires de mes camarades. J’accompagne mon père à la boulangerie du quartier pour choisir un VRAI gâteau. Sur le trajet, j’en salivais déjà. Au moment où mon père a choisi le gâteau, j’ai su que tout, jusqu’ici, avait été trop beau pour être vrai…

Le jour J, j’étais terriblement embarrassée de dévoiler mon gâteau à la maîtresse : je savais depuis la veille qu’il était beaucoup trop petit pour satisfaire tout le monde. Je crois qu'elle a lu quelque chose dans mon regard car elle a fait comme si de rien n’était…En tout cas elle n’a pas son pareil pour découper un gâteau en fines tranches !

Depuis, je n’ai plus remis mon anniversaire sur le tapis familial…ni scolaire d’ailleurs. Chez nous, les anniversaires ne se faisaient véritablement remarquer qu’au moment venu de remplir la paperasse administrative : « Ah demain c’est l’anniversaire d’untel ! ». A vrai dire, on a longtemps vécu comme les Indiens d’Amérique : on déterminait notre âge par le nombre de printemps révolus…

En tout cas les choses ont évolué semble-t-il. D’après les quelques témoignages que j’ai pu récupérer auprès d’élèves que je surveillais pendant une heure d’étude, les anniversaires sont assez fêtés par les maghrébins New Age. Une élève à qui j’avais posé la question me répond : « bin bien sûr qu’on fête nos anniversaires !  ». Après un très court temps de réflexion elle finit quand même par admettre :  « en vrai ça se fait pas trop chez nous mais on le fait pour les enfants c’est tout…des petits trucs en famille quoi…moi, mes grands frères ils le fêtent pas ».

Mbarka Ben Haj Mohamed -

Ça vous a plu ? Partagez-le avec vos amis !