Sur la plage abandonnée, des kebabs et des crustacés…
Vendredi 27/08/2010 | Posté par Sofia Azzedine
Cet été, Sofia a de nouveau foulé les récifs turcs bordant la Mer Egée. Découvrez le récit de sa semaine de vacances (bien méritée) sur les sables ardents de la ville d’Ayvalık.
Ayvalık : ce petit coin de paradis est situé sur une zone bien définie, délimitée par les villes de Çanakkale et de Izmir. Ce territoire, anciennement Grec (la ville de Ayvalık se nommant alors Kydonies), fut conquis en 1922 par les forces militaires de Mustafa Kemal dit Atatürk qui devint ensuite le premier président Turc.
Puis, un accord entre le gouvernement Turc et le gouvernement Grec a contraint les populations grecques habitant les territoires Turcs à se rendre sur les îles Grecques situées en face pour échanger leur place avec les musulmans de Grèce et les habitants de l’ancien empire Ottoman (venant de l’Europe de l’Est). J’appris de cette manière que les turcs qui m’entouraient étaient d’origine bulgare, bosniaque, roumaine etc. Ils manifestent tous sans exception leur identité turque et leur patriotisme que même les jeunes démontrent, parlant avec fierté de Atatürk.
La journée commence, je m’allonge sur les bancs blancs en regardant la mer qui me jette ses bras d’eau salée et une île grecque du nom de Lesbos qui se repose en face de moi. Je retrouve toutes ces grandes familles qui se rassemblent chaque année dans ce village pavillonnaire exclusivement réservé aux nationaux et interdit aux touristes. Je fais partie de l’exception, car il est pratiquement impossible pour un non-turc d’acheter ou de louer un maison ici. Ceci explique sûrement le calme et la sérénité du lieu. On évite ainsi un phénomène d’usine à touristes que des villes comme Bodrum (ville Turque située plus au Sud) connaissent, réduisant ainsi la culture turque au rang de « produit de consommation ».
Pendant que je bronze, le temps passe, les bières Efes Pilsen glissent dans les gorges, les dés du Backgammon sont jetés sans arrêt et le Ramadan tape à la porte de mon petit train de vie. Cet évènement poussa de nombreuses familles à revenir dans leur ville d’origine, loin de leur résidence secondaire au bord de plages paisibles.
Quant à ceux qui restent, aucun ne fait Ramadan mais restent des musulmans, des Alévis précisément. Ils croient en un second prophète, Ali, qu’ils ont en photo chez eux (il ressemble a un acteur bollywoodien…), ne font pas le Ramadan, ni la prière et ne vont pas à la mosquée, ils boivent même du Raki (vodka Turque) et m’assurent qu’ils sont musulmans.
Le soir venu, je fis un tour au « pazaar », au marché du coin, et dans un stand vendant des livres, je vis parmi les romans à l’eau de rose et des petits illustrés pour enfants un livre où figure Erdoğan, le Premier Ministre Turc, en uniforme nazi. Comment ? Erdoğan, celui que l’on présente comme le guide du peuple musulman oriental est ici considéré comme un nationaliste extrêmement dangereux et extrémiste ? Un jour, un habitant avait comparé un frère musulman qui passait au Diable et une autre me fit la grimace quand je prononçais le nom du Premier Ministre national et tous revendiquaient la valeur laïque de leur pays que l’ère Kemaliste avait instaurée.
Dans ce petit coin tranquille de la Turquie, je me retrouve dans une région où différents types de musulmans viennent prendre le thé et du bon temps. Qu'ils fassent ou non le ramadan, chacun tolère l’autre dans une atmosphère apaisée en bord de Mer.



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Par youne